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Portefeuille et alimentation durable : un mariage difficile?

Depuis le début de la crise sanitaire, nos entreprises québécoises ont dû se réinventer et redoubler d’effort pour pallier les pertes financières engendrées par le confinement. Le gouvernement ainsi que plusieurs organismes et regroupements citoyens ont donc mis tout en branle afin d’encourager l’achat local et favoriser l’économie circulaire. L’objectif ? Créer un engouement à grande échelle vers des produits de chez nous. Déjà, plusieurs termes étaient à la mode en garantissant leur origine québécoise.  Produits du terroir, aliments biologiques, fruits et légumes locaux de saison, méthodes de production ancestrales, produits zéro-déchet en vrac, respect du patrimoine alimentaire culturel en sont quelques exemples.

Bien que pour certains consommateurs ces concepts représentent le parfait mariage entre leurs valeurs et leurs habitudes d’achat, pour d’autres ces mots n’évoquent qu’une seule question : « Mais à quel prix? ».

Aïe Aïe Aïe, le prix de l’ail…

Qui ne sait pas déjà retrouvé devant l’étalage d’ail à l’épicerie en se demandant pourquoi le produit ayant traversé l’océan en provenance de Chine est moins cher que l’ail du producteur voisin qui se trouve à moins de 20km de chez soi (différence qui peut s’élever jusqu’à 10 fois plus que le compétiteur chinois)? Sans compter que cet aliment a probablement passé au travers de nombreux distributeurs, grossistes et détaillants qui se sont chacun fait du profit… Avec une différence de prix aussi imposante peut-on vraiment s’étonner que l’ail du Québec ne représente que 10% de l’ail acheté par les Québécois?

Il est d’abord important de mentionner qu’il n’est pas toujours vrai que les produits locaux, biologiques ou artisanaux sont plus chers que les produits conventionnels. On peut penser par exemple aux fruits et légumes de saison que l’on retrouve dans les marchés fermiers à très bons prix. Par contre, si ceux-ci sont parfois plus chers, il est important d’aborder les raisons les rendant des produits d’exception.  

Un salaire juste pour tous

D’abord, je ne surprends personne en énonçant que les normes de travail et de salaire ne sont pas les mêmes partout dans le monde. À titre d’exemple, le salaire moyen d’un Canadien est quatre fois plus élevé que celui d’un Chinois. En achetant d’un producteur d’ici on s’assure que celui-ci a reçu un juste salaire pour son travail qu’il a accompli et qu’il sera en mesure de subvenir adéquatement à ses besoins et ceux de sa famille.

Type de production

Passons le volet monétaire, la méthode de production aura également un impact majeur sur le prix. Par exemple, la cuture biologique présente de moins bons rendements et requiert davantage de main d’œuvre, ce qui justifie les prix plus élevés. Ensuite, la mécanisation des méthodes est importante. Une grande ferme de monoculture qui peut investir dans de grands équipements robotisés compétitionne fortement une ferme qui fait encore des récoltes manuelles par exemple. Finalement, on retrouve plusieurs producteurs biologiques qui ont chacun leurs coûts fixes de production et leur système de distribution qui ne sont pas toujours des plus optimaux, ce qui influence leur capacité à vendre à faible coût. Du même fait, l’offre de produits biologiques est moindre que la demande, ce qui augmente les prix de ces produits pour les consommateurs. Ce dernier point nous porte donc à croire, que plus les consommateurs rechercheront ces produits, plus les producteurs se tourneront vers ces modes de production et plus les prix diminueront. Le fameux principe de l’offre et la demande!

Qualité du produit

Au-delà du fait qu’un aliment est biologique, équitable et local, comment justifier un prix plus élevé seulement par le fait qu’un aliment est plus de qualité qu’un autre? Qu’est-ce qui détermine la qualité d’un produit? Quand on parle de produits d’exception comme le chocolat, le café, le vin ou même… l’ail, plusieurs facteurs peuvent affecter le goût, l’apparence, l’odeur et le prix du produit comme la variété cultivée, la provenance, les conditions de culture (qualité des sols et de l’eau, altitude et autres), le moment de la récolte et les procédés de transformation (ex : séchage et de torréfaction). Plusieurs techniques peuvent être utilisées par les grandes entreprises pour diminuer les coûts de production, ce qui aura immanquablement un impact sur la qualité du produit. On peut penser par exemple à la récolte alors que l’aliment n’est pas mature ou bien à des procédés de transformation (ex : s.chage ou transformation) trop courts qui leurs permettent de sauver sur les coûts de main d’œuvre et vendre plus rapidement le produit. Ces techniques marketing ont de réels impacts sur le goût et les qualités organoleptiques de ces aliments.

Économie d’échelle

Le dernier concept expliquant le prix des aliments est l’économie d’échelle. La chine produit près de 19 000 000 de tonnes métriques d’ail par année, ce qui représente 82% de la production mondiale d’ail. Ils sont bien entendu capables d’exporter leur ail aux prix les plus bas du marché tout en restant très lucratif. En comparaison en 2017, 150 hectares d’ail étaient cultivés au Québec. Il ne faut pas oublier que les producteurs d’ici ont un peu moins de 6 mois pour faire les profits de toute une année contrairement à d’autres pays qui produisent à l’année.

Nous avons beaucoup parlé des producteurs, mais qu’en est-il des distributeurs et détaillants? La même règle s’applique, plus petite l’organisation est, plus petite est la capacité d’acheter d’énormes quantités à bas prix. Détrompez-vous, l’Escargot Gourmand n’a pas le même pouvoir d’achat ni le même roulement de produits que la multinationale Costco et c’est bien tant mieux car ça nous permet de vous offrir des produits de petites entreprises qui n’ont pas les ressources pour approvisionner les grands de ce monde.

Maintenant que nous avons mis la table en expliquant pourquoi certains produits sont plus chers que d’autres, comment peut-on faire des achats conscients et en accord avec nos valeurs tout en respectant notre budget? C’est la question que nous tenterons de répondre dans le prochain billet de blogue en vous fournissant des trucs pratico-pratiques.

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Sources :