Du champ à l’assiette : comprendre le parcours d’un aliment grâce à la traçabilité alimentaire

Texte de Marily St-Pierre, stagiaire en nutrition

Lorsqu’on achète un aliment, on se pose souvent mille et une questions. Quelle est son origine, de quelle manière a-t-il été produit, quel chemin a-t-il parcouru avant d’atterrir ici, etc. Parfois, on cherche aussi à en savoir plus pour des considérations éthique ou durable.

Si vous aussi, vous vous questionnez sur l’histoire derrière les aliments, cet article est pour vous ! Ici, le sujet de la traçabilité alimentaire sera abordé, notamment son cadre légal et ses limites, mais également quelques astuces qui vous aideront à mieux retracer le parcours des aliments.


Photo de Zoe Richardson sur Unsplash

Qu’est-ce que la traçabilité alimentaire ?

En fait, c’est tout simplement la capacité de suivre le parcours d’un aliment tout au long de la chaine d’approvisionnement, c’est-à-dire de sa production jusqu’à sa consommation. En d’autres mots, c’est le fait de retracer l’histoire derrière un produit, et ce, jusqu’à vous. (1)

Lorsqu’on parle de la traçabilité d’un aliment, on veut être en mesure de connaitre son origine, quelles ont été les différentes étapes de transformation, d’emballage, d’entreposage et de distribution qu’il a subies ainsi que l’endroit où chacune de ces étapes se sont produites. (1)

Mais, concrètement, à quoi ça sert ? Pour le consommateur, c’est surtout une façon pour lui d’être mieux informé sur un aliment, ce qui peut l’aider à faire des choix en concordance avec ses valeurs. Par exemple, en retraçant le parcours des aliments, on peut identifier ceux ayant parcouru une très courte distance ou au contraire ceux qui proviennent de beaucoup plus loin. Cela permet aussi de distinguer les aliments qui proviennent de milieux axés sur le bien-être animal, comme un petit élevage familial en pâturage, de ceux issus de l’élevage industriel.

L’utilisation de la traçabilité alimentaire pour l’industrie a un but quelque peu différent…

Une question de santé et de sécurité

La traçabilité a un grand rôle à jouer au niveau de la sécurité alimentaire et de la santé publique. Sa pratique est donc devenue obligatoire pour toutes les entreprises de l’industrie alimentaire, à quelques exceptions près, conformément au Règlement sur la salubrité des aliments au Canada (RSAC). On parle ici de tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement qui participent aux activités d’importation et d’exportation ou de distribution, fabrication, transformation, emballage, étiquetage, etc. (2)

De façon résumée, le RSAC oblige toutes ces entreprises à remplir des registres d’informations (nom du produit, code de lot et dates) pour tous les aliments qui passent par chez elles. Elles doivent également prendre en note de qui il provient (si tel est le cas), et à qui elle envoie son produit. Cela permet donc de garder une trace des activités à l’interne (p.ex. code de lot), mais aussi en amont (p.ex. coordonnées du fournisseur) et en aval (p.ex. coordonnées du client). (2)

Voici un schéma qui représente comment se concrétiserait l’application du règlement sur la traçabilité alimentaire au niveau du processus de fabrication de yogourt :

Plus la chaîne d’approvisionnement s’allonge, plus l’information sur le parcours d’un aliment se perd.

Il est possible de voir que le processus de traçabilité se complexifie plus la chaîne d’approvisionnement est longue. En effet, il y a beaucoup plus d’informations à recenser dans le cas du circuit long, comparativement au circuit court. De plus, en circuit long, une grande partie du parcours de l’aliment demeure inaccessible pour le consommateur, comparativement au circuit court où la proximité du producteur et le peu d’étapes intermédiaires favorisent une plus grande transparence. Ainsi, plus la chaine d’approvisionnement s’allonge, plus l’information sur le parcours d’un aliment se perd. Un autre point à considérer est que la traçabilité doit être faite pour chacun des ingrédients présents dans un aliment. On peut donc constater que c’est un très long processus et que la complexité augmente plus un aliment subit de transformations.

La collecte de toutes ces informations est ce qui permet de produire les rappels alimentaires que l’on voit parfois passer. Sans elle, on peut s’imaginer qu’il serait beaucoup plus difficile d’identifier précisément les lots à risque pour les retirer du marché. Sans cette précision, cela pourrait devenir un risque pour la santé de la population. De plus, en ne sachant pas exactement les lots contaminés, il faudrait alors cibler une plus vaste sélection de produits à retirer, ce qui génèrerait beaucoup de gaspillage. Pour obtenir la liste des rappels alimentaires, vous pouvez consulter les deux sites ci-dessous :

Site Internet du Gouvernement du Québec : Lien vers le site

Site Internet du Gouvernement du Canada : Lien vers le site


Encore loin de la transparence

Malheureusement, les registres remplis par l’industrie alimentaire ne sont pas accessibles aux consommateurs. Cela permettrait d’avoir accès aux étapes intermédiaires dans la chaîne d’approvisionnement, qui sont souvent inconnues aux consommateurs.

Parmi toute l’information retenue, voici celle à laquelle nous avons accès sur l’étiquette d’un aliment (3) :

  1. Son nom,
  2. Son code de lot
  3. Sa date de péremption et, parfois, d’emballage,
  4. Le nom et l’adresse du principal lieu d’affaires.

Ce dernier point que l’on retrouve surtout sur les produits préemballés n’est pas nécessairement un indice de leur origine. Il correspond seulement à l’endroit où la majorité des activités de fabrication d’un aliment se sont déroulées. Par exemple, la principale usine de fabrication d’une barre tendre pourrait être identifiée au Québec, alors qu’en réalité, tous ses ingrédients proviennent de pays différents. (4) Quant au pays d’origine, il est parfois présent sur les emballages des produits importés préemballés, mais ce n’est pas obligatoire pour toutes les catégories d’aliments. (5)

L’information sur les étiquettes est donc, la plupart du temps, insuffisante pour retracer le parcours complet d’un aliment. Vous en avez peut-être même déjà fait le constat si vous avez essayé de faire l’exercice. Ainsi, il est parfois impossible de retracer l’histoire complète d’un aliment. Par contre, il existe quand même certaines stratégies qui vous permettront d’obtenir le plus de renseignements possible sur son parcours.


Trois astuces pour mieux retracer le chemin d’un aliment

1. Fiez-vous aux logos et aux allégations situés sur les produits.

Ça peut paraître évident, mais cela nous donne souvent des indices sur l’origine, les méthodes de production ou encore la distance approximativement parcourue par un aliment.

  • Même si le logo « Aliments du Québec » ne nous permet pas de savoir le parcours détaillé de chaque ingrédient, on peut être assuré qu’ils proviennent en majorité ou en totalité du Québec et ainsi limiter le trajet de l’aliment à l’échelle provinciale.  Attention toutefois à ne pas le confondre avec le logo « Aliments préparés au Québec » qui n’est pas une garantie sur l’origine des ingrédients.
  • Le même principe est appliqué à l’allégation « Produit du Canada », encore une fois, à ne pas confondre avec « Fabriqué au Canada » qui ne spécifie pas l’origine des ingrédients.

2. Favorisez les circuits courts.

C’est sans doute l’une des façons les plus efficaces pour s’assurer de la provenance d’un aliment, de la distance qu’il a possiblement parcourue avant d’arriver dans l’assiette et des méthodes de production utilisées par son fabricant ou son producteur. Le circuit court correspond à un mode d’approvisionnement dans lequel le consommateur achète directement du producteur ou encore par le biais d’un seul intermédiaire. (6)

Bien souvent, les marchés publics et les épiceries à visée locale et durable, telle que la nôtre, vous offriront une gamme de produits qui sont issus directement du producteur. Vous pourrez donc obtenir assurément beaucoup plus de transparence sur l’histoire de votre aliment.  

3. Posez vos questions !

Rappelez-vous que vous avez le droit, en tant que consommateur, de questionner le vendeur ou le transformateur sur le parcours d’un aliment. En lien avec le point précédent, le fait de s’approvisionner dans des commerces locaux (comparativement à une grande chaine d’alimentation) vous permettra probablement d’obtenir des réponses plus précises. Ces derniers sont souvent plus au fait de leur offre de produits et sont en lien direct avec les producteurs. De plus, en posant vos questions, vous démontrez votre intérêt pour connaître l’histoire d’un aliment et, au final, vous plaidez pour des pratiques plus transparentes.

En bref, l’exercice de la traçabilité alimentaire s’inscrit bien dans une démarche de consommation plus durable et responsable. Se poser des questions sur l’origine de nos aliments et ses méthodes de production nous permet d’être plus conscients et de faire des choix plus éclairés.

Il est clair que l’industrie alimentaire et la réglementation ont encore du chemin à faire avant qu’on puisse atteindre une totale transparence au niveau de la chaîne d’approvisionnement. Toutefois, vous pouvez être assuré(e)s qu’à l’Escargot Gourmand, vous obtiendrez toujours un maximum d’informations sur vos aliments. Raccourcir la chaîne d’approvisionnement en vous rapprochant le plus possible des producteurs fait partie intégrante de nos valeurs.


Références

  1. Agence canadienne d’inspection des aliments. (2022b, juillet 6). Les allégations concernant l’origine sur les étiquettes des aliments [Fiche de renseignements, Guide, Matériel de référence]. http://inspection.canada.ca/fr/etiquetage-aliment/etiquetage/industrie/allegations-concernant-lorigine
  2. Agence canadienne d’inspection des aliments. (2019, avril 7). Fiche d’information : Traçabilité [Fiche de renseignements, Matériel de référence]. http://inspection.canada.ca/fr/salubrite-alimentaire-lindustrie/trousse-doutils-entreprises-alimentaires/tracabilite
  3. Agence canadienne d’inspection des aliments. (2022a, juillet 6). Aliments au détail [Matériel de référence]. http://inspection.canada.ca/fr/etiquetage-aliment/etiquetage/industrie/aliments-au-detail
  4. Agence canadienne d’inspection des aliments. (2022d, juillet 6). Nom et principal lieu d’affaires sur les étiquettes des aliments [Matériel de référence]. http://inspection.canada.ca/fr/etiquetage-aliments/etiquetage/industrie/nom-principal-lieu-daffaires
  5. Agence canadienne d’inspection des aliments. (2012, février 17). Déclaration du pays d’origine sur les étiquettes des aliments [Fiche de renseignements, Matériel de référence]. http://inspection.canada.ca/fr/etiquetage-aliment/etiquetage/consommateurs/etiquetage-du-pays-dorigine
  6. Circuit court | Équiterre. (s. d.). Consulté 29 janvier 2026, à l’adresse https://www.equiterre.org/fr/glossaire/circuit-court